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Entrevue : Tracey Ayton de Vancouver Vanishes

mai 16, 2014

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Tracey Ayton est une photographe d’intérieurs et de mode de vie de Vancouver dont les œuvres ont paru dans des publications importantes telles que UPPERCASE , Style at Home et House & Home, ainsi qu’en ligne à Kinfolk et House of Fifty. Tracey s’intéresse grandement à l’histoire et elle apprécie les particularités et le caractère de l’architecture ancienne. Elle s’est elle-même acheté une maison centenaire dans le quartier Kerrisdale de Vancouver il y a 11 ans, qu’elle a depuis rénové avec son mari afin de célébrer sa beauté d’origine.

 

Le populaire quartier Westside de Vancouver (à l’est de Kerrisdale) abondait jadis de joyaux architecturaux comme Tracey les aime. Une ambiance familiale dynamique et des maisons classiques du style Arts & Crafts régnaient dans cette région. Mais, depuis quelques années, les maisons de ce quartier recherché disparaissent. « Dès qu’on y aperçoit une affiche “à vendre” devant l’une d’elles, dit Tracey, on sait qu’elle sera bientôt remplacée par une clôture rouge. Les maisons anciennes du quartier Westside de Vancouver sont des cibles faciles. » Ces maisons se font ramasser par les promoteurs immobiliers ou les investisseurs riches qui cherchent à les démolir pour en faire un profit. La plupart des résidents de Vancouver sont incapables de rivaliser avec les prix que ces investisseurs sont prêts à payer, et ils sont contraints à déménager à l’extérieur de la ville et à élever leurs familles en banlieue où c’est plus abordable.

 

Voilà qu’arrive Vancouver Vanishes, une page Facebook communautaire qui se veut une à la fois une complainte et une célébration de ces maisons particulières qui disparaissent de Vancouver. C’est par hasard que Tracey a trouvé cette page l’année dernière et elle voulait en faire aussitôt partie. C’est ainsi qu’elle s’est jointe à Caroline Adderson, auteure et fondatrice de Vancouver Vanishes, pour documenter les résidences de Westside qui sont vouées à la démolition.

 

Vancouver-Vanishes-House-Exterior02

 

EQ3  Parlez-nous de Vancouver Vanishes.

 

TRACEY AYTON  Vancouver Vanishes est une page communautaire sur Facebook. C’est ma collègue Caroline Adderson qui l’a démarrée. Elle a commencé à photographier ces maisons qui sont vouées à la démolition et à les documenter. Il y en avait tellement qu’elle a ouvert une page Facebook parce qu’elle était d’avis qu’elle devrait attirer l’attention sur ce qui se passe dans notre ville.

 

Je suis tombée sur cette page et je me suis dit : « Wow, c’est incroyable. » Elle y avait noté l’année de construction, le propriétaire d’origine ainsi que son métier. J’ai trouvé cela vraiment intéressant. L’une des raisons pour lesquelles je vis ici c’est que j’apprécie énormément l’histoire et le patrimoine. Alors j’ai approché Caroline et je lui ai dit « Écoute : je suis photographe, mes sujets sont des maisons et des intérieurs et je suis une passionnée de l’histoire. »

 

Nous voyageons sur la côte ouest de Vancouver 2 à 3 fois par semaine, nous nous rendons dans les maisons où nous avons la permission d’entrer et nous prenons des photos de l’intérieur et de l’extérieur. Ensuite, nous les documentons sur la page.

 

 

EQ3  Pour nos lecteurs qui ne connaissent pas le marché immobilier de Vancouver, pouvez-vous expliquer ce qui se passe là-bas et pourquoi ces maisons sont démolies?

 

TA  Vancouver est un endroit intéressant et magnifique où acheter une propriété. Le Westside est extrêmement populaire. Les gens qui ont de l’argent achètent n’importe quoi, qui sera fort probablement démoli par la suite afin de répondre à leurs besoins. Souvent, ce n’est que pour investir. Ils démolissent une maison ayant une cour avant et arrière, puis ils construisent un bâtiment qui recouvre 70 % du terrain, ce qui est le maximum autorisé.

 

Puis, nous nous attendons à ce qu’une famille emménage, mais souvent, cela ne se produit pas. Ils font que garder la maison pour la rentabiliser et la vende un peu plus cher que le prix qu’ils l’ont payé. Cela diminue en quelque sorte l’ambiance de nos quartiers, car ces coins de la ville perdent un à un leur dynamisme.

 

Vancouver-Vanishes-House-Exterior01

 

EQ3  En quel état sont ces maisons?

 

TA  On y retrouve parfois la maison d’une personne âgée qui n’est plus au gout du jour et abimée, mais plus récemment il y a eu des maisons qui étaient en parfaite condition. Elles ont été rénovées, peintes, ont reçu une mise à jour de l’électricité et ainsi de suite, mais, si elles ont été achetées pour leur terrain, cela n’a aucune importance. Le nouvel acheteur, qui ne vit possiblement pas dans la maison, ne veut pas l’entretien d’un jardin.

 

 

EQ3  Vous êtes une photographe d’intérieur et de mode de vie recherchée par des magazines importants au Canada. À quoi pensez-vous quand vous faites de la photo pour Vancouver Vanishes?

 

TA  Je crois que j’ai une tendance à faire de la photo de façon plutôt artistique. J’ai une vision quelque peu artistique que j’essaie d’appliquer à ces maisons. C’est le caractère et la structure de ces maisons qui attire immédiatement l’attention et c’est justement ce que je veux photographier. Certaines d’entre elles ont des vitraux, des cimaises et des manteaux de cheminée qui sont magnifiques. Soit que je capture le tout en une prise, soit que je fasse plusieurs prises, pourvu que le caractère transparaisse. Mais, d’un autre côté, j’aime montrer la destruction de ces maisons. Il peut donc arriver que je photographie une fenêtre cassée qui autrefois était du vitrail — du beau vitrail parfait qui est maintenant tout cassé.

 

Cela évoque des sentiments. Je pense que je veux que les gens soient touchés par ces maisons et par ce qu’elles avaient à offrir auparavant. C’est triste; elles tiennent toujours debout en beauté, peu importe ce que les gens leur ont arraché. Je crois que c’est cela que j’essaie de capturer.

 

 

EQ3  Vous avez dit que cela évoquait des sentiments. Quelles sont les émotions que ces maisons évoquent en vous?

 

TA  Une douce amertume, car ce sont vraiment de belles maisons — le genre qu’on ne construit plus de nos jours. On voit ces belles structures et on sait que ce que l’on construira par la suite ne sera pas aussi détaillé.

 

Vancouver-Vanishes-House-Exterior03

 

EQ3  Nous avons vraiment aimé le billet que vous avez récemment publié à propos des Dorothies — une paire de maisons que Vancouver Vanishes a récemment aidé à sauver de la démolition! Comment avez-vous réussi à sauver ces deux maisons?

 

TA Eh bien, ce n’est pas NOUS qui les avons sauvés! Elles ont été sauvées grâce à l’entente de revitalisation du patrimoine de la ville, qui est l’un des rares outils patrimoniaux que la ville possède. Caroline avait remarqué ces maisons et a approché le promoteur immobilier qui allait les détruire pour construire sa propre maison et une autre pour un ami. Elle s’est organisée pour obtenir une clef et prendre des photos à l’intérieur. Plus tard, quand la demande de promotion immobilière a été soumise, Caroline a affiché les photos en encourageant les gens à écrire des lettres à l’appui de la préservation de ces maisons. La presse en a eu vent et des articles sont parus dans le Vancouver Sun et The Province, ce qui a provoqué un tollé général. Le promoteur immobilier a finalement changé d’avis lorsqu’il s’est rendu compte que s’il déplaçait les maisons, la ville assouplirait certaines de ses exigences en matière de zonage, ce qui rendait le projet financièrement viable. Ce fut une victoire pour les maisons, le promoteur immobilier et le patrimoine.

 

 

EQ3 Si vous pouviez transmettre un seul message, que serait-il?

 

TA  Ce serait de conscientiser les gens sur ce qui se passe. Plus il y a de gens qui sont au courant, plus nous pourrons contribuer à faire changer les lois pour préserver ces bâtiments. Tout ce que je peux faire, c’est de documenter ces maisons et de montrer aux gens à quoi ressemblait Vancouver quand j’y étais. Je suis une Vancouvéroise de quatrième génération, alors j’ai des photos de l’époque de mes parents. J’ai également des photos de l’époque de mes grands-parents et de mes arrières grands-parents. Je les conserve précieusement.

 

Je crois que tout ce que j’espère, c’est que l’on trouve une façon de prévenir la démolition de maisons qui ne devraient pas être démolies.

 

 

Provenance des images : Toutes les photos ont été prises par Charles Venzon pour Vancouver Vanishes

Entrevue : Tiffany MacKay, conseillère du service de magasinage à domicile d’EQ3 Calgary

mar 21, 2014

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L’achat de meubles est un investissement et EQ3 veut rendre l’expérience le plus agréable et le moins stressant possible! Notre personnel en magasin adore inspirer les clients avec de belles et créatives vignettes, mais plusieurs d’entre eux ont besoin d’aide pour visualiser de quoi auraient l’air chez eux les meubles qu’ils voient en magasin.

 

Voilà qu’intervient le programme de consultation gratuite à domicile d’EQ3. Nous avons muni chaque détaillant EQ3 d’un conseiller ou d’une conseillère en magasinage à domicile – une personne qui est formée en décoration d’intérieur et qui se déplace chez vous pour vous offrir des conseils sur le choix et le placement de meubles et même sur les couleurs et les accessoires qui complèteront votre décor.

 

Nous avons téléphoné Tiffany MacKay, une conseillère en magasinage à domicile d’EQ3 Calgary pour lui parler du programme et de ce à quoi les clients peuvent s’attendre de leur expérience de magasinage à domicile. Tiffany a également partagé ses meilleurs conseils pour meubler une maison.

 

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Photo de Tiffany, conseillère à domicile chez EQ3 Calgary

 

EQ3  Quel est votre parcours éducatif et votre expérience de travail?

 

TIFFANY MACKAY  J’ai commencé dans le milieu du théâtre et du cinéma. J’ai obtenu un diplôme en scénographie et design de costumes à l’Université de Calgary. Le plus intéressant — et je crois que c’est cela la clé de mon succès — c’est que lorsqu’on travaille dans le milieu du théâtre, on conçoit des espaces en fonction d’un personnage et on réalise le décor de son domicile selon ses vêtements et son comportement. Alors, quand je me déplace chez quelqu’un, c’est la personne qui prime et non ce que je pense qu’elle devrait avoir.

 

Après mes études universitaires, j’ai travaillé comme marchandiseuse visuelle pour de nombreuses entreprises en me concentrant surtout sur les relations spatiales. Puis, j’ai commencé à offrir des consultations privées et à travailler pour un développeur immobilier et je suis avec EQ3 depuis maintenant quatre ans.

 

 

EQ3  À quoi ressemble le processus de magasinage à domicile? À quoi peut s’attendre un client lors de cette expérience?

 

TM  Habituellement, la consultation dure environ une heure par pièce. Il s’agit d’un service sans obligations, mais nous souhaitons que le client soit intéressé par les produits et les styles offerts par EQ3. Quand je vais chez une personne, j’essaie toujours de commencer par lui demander ce qu’elle pense de son espace, quelles sont ses attentes par rapport à la consultation, et parfois aussi quels sont ses soucis particuliers. Est-ce l’aménagement, les proportions, la couleur ou les dimensions? Je dis toujours : « Cette heure vous appartient, discutons alors de ce qui vous dérange. »

 

La plupart du temps, les rendez-vous concernent les meubles rembourrés. J’essaie de prévoir tout l’agencement de la pièce, de sorte que même si le client ne peut pas se permettre de se procurer tous les morceaux dans l’immédiat, tout est en place pour un aménagement réussi.

 

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Un condominium meublé avec le canapé Replay et la table de bout Simone d’EQ3 (photo provenant du portfolio de Tiffany)

 

EQ3  Quels services offrez-vous?

 

TM  Cela dépend si les clients habitent leur maison, ou s’ils sont en train de la construire. S’ils habitent déjà la maison, j’y vais avec une valise géante remplie d’échantillons de tissu. Je m’y installe pendant une heure et nous déterminons l’aménagement de l’espace. Nous regardons les couleurs. J’apporte toujours également des échantillons de peinture au cas où l’on voudrait choisir une couleur de peinture qui s’agence avec les articles choisis. Puis, à ce moment-là, si les clients ont toujours de la difficulté à visualiser l’espace, je prends des mesures pendant que j’y suis pour pouvoir leur envoyer une image en 3D.

 

Généralement, quand les clients n’habitent pas la maison et qu’ils ont seulement les plans, je fais plusieurs rendues 3D. Je leur prépare toujours un petit ensemble. Ils peuvent partir avec tous les échantillons qu’ils ont choisis et nous réalisons quelques images avant/après.

 

Ensuite, pendant la plupart des consultations, j’invite les clients à retourner au magasin une fois de plus. J’appelle cette visite le « test du fessier », qui est en fait un dernier essai sur le canapé choisi afin qu’ils puissent s’assurer qu’ils l’aiment et pour qu’ils se sentent sûrs d’avoir fait le bon choix pour eux. Car vendre du mobilier à des clients ne vaut pas la peine s’ils ne l’aiment pas. Je plaisante toujours avec les gens et je leur dit que je ne veux pas les revoir, sauf si pour aménager une autre pièce.

 

Tiffany-EQ3-Shop-at-Home-consultant-Condo03Un condominium meublé avec le canapé Reverie, des fauteuils Solo et une lampe sur pied Cast d’EQ3 (photo provenant du portfolio de Tiffany)

 

EQ3  Parlez-nous d’un ou deux de vos projets favoris sur lesquels vous avez travaillé.

 

TM  Je déteste faire du favoritisme. J’ai tout fait – du condo de 500 pieds carrés à des maisons de 4000 pieds carrés. Je tombe en amour avec les gens que je sers. Il est très satisfaisant de voir quelqu’un revenir au magasin me dire combien elle aime son achat et me montrer des photos.

 

L’une de ces clientes avec qui j’ai travaillé m’a dit que lors de la consultation elle avait le sentiment de se faire conseiller par une amie qui portait son meilleur intérêt à cœur. Car je suis d’avis que lorsque nos amis nous conseillent, parfois ils le font en tenant compte de leurs propres goûts au lieu de ce qui convient le mieux à notre style de vie.

 

Nous avons aussi aménagé une immense suite royale au Westin — une expérience tout à fait mémorable. Nous avons aménagé cette suite pour héberger des présidents et des dignitaires d’autres pays qui séjournent à l’hôtel Westin du centre-ville. Ce fut tout un plaisir!

 

 

EQ3  Quels sont vos articles EQ3 préférés en ce qui concerne l’aménagement?

 

TM  J’aime le canapé Reverie. Je l’aime parce qu’il est chouette et ultra confortable. Je suis une grande admiratrice du design du milieu du siècle. J’aime le fait que nous offrons la gamme Herman Miller et j’aime que les articles comme le canapé Reverie puissent compléter ces designs haut de gamme.

 

J’aime bien la table pour salle à manger Mesa également. J’aime le marbre. Je le trouve élégant et fini. Si l’on ne peut pas se payer des comptoirs en granite, en quartz ou en marbre, cette table offre un moyen d’intégrer ce type de matériau dans sa demeure.

 

En matière d’accessoires, j’aime le tapis Sitara. J’aime le concept d’un tapis d’été et d’un tapis d’hiver. Je suis d’avis que cela ajoute un élément de longévité. Le Sitara est parfait pour l’hiver à cause de son chaleureux aspect tricoté et j’aime l’Ori en été. Il est moins épais et donc plus facile à entretenir si l’on sort et l’on entre dans la maison en gougounes.

 

Tiffany-EQ3-Shop-at-Home-consultant-Condo01Un condominium meublé avec le canapé Élise et des repose-pieds Rubix d’EQ3 (photo provenant du portfolio de Tiffany)

 

EQ3  Avez-vous des conseils à offrir aux lecteurs qui cherchent à meubler leur maison?

 

TM  Je pense que moins c’est plus. Je sais que beaucoup de gens sont pressés de faire avancer les choses. Si l’on prend son temps pour faire les bons choix – plutôt que d’opter pour des solutions de fortune – on trouve le bon morceau pour le bon espace sans avoir réellement dépensé trop d’argent.

 

Vous pouvez toujours ajouter des morceaux, mais il est difficile d’en enlever, en particulier quand on parle de meubles, car il s’agit d’un investissement plus important.

 

 

EQ3  À quoi ressemble le décor chez vous?

 

TM  Je suis une artiste, donc j’ai beaucoup d’œuvres d’art sur le mur. Le décor est très « plage californienne ». J’aime oser : j’ai un canapé coloré. Il est de couleur Key Largo Teal, un bleu-sarcelle intense. Je raffole des livres alors j’ai beaucoup d’étagères et je range mes livres par couleur. J’ai aussi beaucoup de morceaux qui proviennent d’EQ3 et de mes voyages.

 

Avez-vous besoin d’aide pour choisir le parfait mobilier pour votre maison? Cliquez ici pour prendre rendez-vous pour une consultation gratuite à domicile avec un designer d’EQ3 ou contactez votre détaillant dès aujourd’hui.

 

 

Entrevue : Équipe de développement de produits d’EQ3

mar 12, 2014

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Faites connaissance avec l’équipe de développement de produits : Carla Zacharias (accessoires), Enri Tielmann (meubles rembourrés) et Madi Cash (meubles de rangement).

 

La collection Printemps d’EQ3 met l’accent sur les matériaux naturels comme le feutre, la laine tissée à la main, le lin écru, le bois massif et le marbre brut. À l’aide de ces matériaux, l’équipe de développement de produits d’EQ3 a créé une collection cohérente pour rendre votre maison à la fois confortable et accueillante. Nous nous sommes assis avec Carla, Enri et Madi en janvier dernier, pendant qu’EQ3 était occupé avec la prise de photos pour le catalogue de printemps. Nous leur avons demandé de nous parler de ce qui les a amenés à travailler chez EQ3, de ce qui les inspire, et bien sûr de la nouvelle collection printemps!

 

Vous trouverez une version abrégée de cette entrevue dans le supplément 2014 du catalogue printemps. Surveillez son arrivée en ligne et en magasin dès la semaine prochaine!

 

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Portrait de l’équipe de développement de produits d’EQ3 : Enri, Carla et Madi

 

 

EQ3 : Quels sont vos antécédents?

 

Madi  J’ai commencé à étudier en affaires, puis j’ai changé pour le design en m’inscrivant à un programme de premier cycle interdisciplinaire à la faculté d’architecture de l’Université du Manitoba. Pendant que je fréquentais l’Université du Manitoba, j’ai suivi un atelier d’ameublement enseigné par la talentueuse et inspirante Deb Scott qui m’a influencé à poursuivre des études en design de meubles après l’obtention de mon diplôme.

 

Elle m’a bien fait comprendre la façon dont certaines choses s’agencent — non seulement physiquement, mais aussi sur le plan conceptuel. Je suis d’avis qu’elle savait très bien comment pousser ses élèves à penser autrement que de manière organique.

 

Carla  Moi aussi je fréquentais la faculté d’architecture de l’Université du Manitoba. Madi et moi avons toutes les deux obtenu un diplôme en aménagement de l’environnement avec une spécialisation en design d’intérieur.

 

Enri  J’ai grandi en Allemagne. Après avoir fait une année une année obligatoire en service communautaire, je suis allé étudier la théologie à Sao Paulo, au Brésil. Par la suite, j’ai entrepris un deuxième diplôme en affaires et économie en Allemagne. C’est alors que j’ai eu l’occasion de faire un stage chez EQ3 en 2010. Je me suis joint à l’équipe de développement de produits d’EQ3 peu de temps après. J’étais très excité de pouvoir combiner ma formation en affaires avec mon intérêt pour le design.

 

 

EQ3  Qu’est-ce qui influence votre travail?

 

Madi  En développement de produits, notre travail répond à des besoins différents. Je pense que mes amis et ma famille ont beaucoup de personnalité et qu’ils en ont tous toujours beaucoup à raconter. Je suis vraiment inspiré par eux.

 

Je lis beaucoup de magazines et de journaux et je suis toujours sur Internet, alors je suis grandement influencée par ce qui se passe dans le monde. Je crois qu’il est important d’être conscient de ce qui se passe à l’échelle nationale et internationale et de faire le lien avec ce que nous faisons ici chez EQ3.

 

Carla  Je ne m’arrête pas sur une chose en particulier — je reçois beaucoup d’inspiration au jour le jour. Les week-ends où je ne travaille pas, il arrive souvent que des idées me viennent soudainement à l’esprit. Ou, je vois quelque chose sur Internet sans en penser quoi que ce soit et plus tard, cela devient une grande source d’inspiration pour un nouveau projet.

 

Enri  Je crois que tout le monde a un passé unique, rempli de gens spéciaux que l’on admire et de différents endroits que l’on a visités, et que l’on est influencé par l’endroit et la façon dont on a été élevé et les cultures auxquelles l’on a été exposé. Je crois que c’est un mélange de toutes ces choses qui ont influencé ma vie et certainement ma perspective côté travail.

 

 

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Nouveau crochet mural Stumpy (grand format), conçu par Carla

 

 

EQ3  Est-ce qu’il y a un designer en particulier dont le travail vous inspire?

 

Madi  Nous sommes à une époque incroyable où il se passe tellement de choses passionnantes dans les domaines de l’architecture, du mobilier et de la mode. Il y a tellement de gens qui font de grandes choses ici au Canada et dans le monde que je me sens toujours inspirée par ce que je vois. Traditionnellement, le domaine de l’ameublement et même celui de la mode dans une certaine mesure, ont toujours été des mondes de gars où souvent, les hommes dictaient les formes et les matériaux avec lesquels nous vivions. Maintenant, nous avons des femmes incroyablement talentueuses comme Phoebe Philo, Mary Katrantzou, Inga Sempé et Patricia Urquiola dans ce milieu qui façonnent les tendances qui influencent l’ensemble de l’industrie. J’aime vraiment ça.

 

Enri  Je suis entièrement d’accord avec Madi. Il y a plusieurs designers et artistes que nous pourrions nommer. Personnellement, je suis fascinée par le travail d’Oscar Niemeyer. C’était un architecte brésilien qui est décédé tout récemment à l’âge de 104 ans. Généralement, ce que j’admire vraiment, ce sont les designers qui remettent en question le statu quo et qui réinterprètent ce qui existe déjà.

 

Carla  J’ai toujours été très intéressée par le travail de Richard Serra — de la façon dont ses oeuvres utilisent l’échelle et le volume pour influencer l’espace et comment les gens y réagissent physiquement et émotionnellement.

 

 

EQ3  Quels sont vos designs préférés parmi ceux que vous avez réalisés pour EQ3?

 

Enri  Je dirais que j’ai particulièrement aimé travailler sur les canapés de la collection Eve. Outre l’esthétique, nous avons pu introduire des composants haut de gamme tels que des assises en plumes des pattes en fonte d’aluminium à un prix abordable.

 

Carla  Pour moi, cela change continuellement alors ma réponse sera probablement toujours que c’est l’article que je suis en train de développer. Au début, c’était probablement l’un de nos tapis, comme le modèle Corfou. On apprend de différentes techniques, puis quand on voit enfin l’élaboration de notre conception, c’est formidable. Pour ce qui est de mon coup de cœur actuel, j’ai eu du plaisir à travailler sur le projet du crochet mural Stumpy.

 

Madi  C’est sans doute la chambre à coucher en teck récupéré. C’était un projet agréable à réaliser, car j’ai passé beaucoup de temps en Indonésie à apprendre l’origine du teck récupéré. J’aime l’histoire et les multiples vies de ce matériau. Toute l’histoire de chaque pièce est littéralement incrustée dans la matière et quand on achète la pièce finie et qu’on la ramène à la maison, le matériau commence une nouvelle aventure.

 

 

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Chaise Eve, conçue par Enri

 

 

EQ3  Quel est l’outil ou la ressource que vous considérez être le plus important pour votre travail?

 

Madi  Sans doute un cahier de notes — un stylo et du papier.

 

Enri  Je transporte un cahier Muji de format passeport qui s’insère parfaitement dans ma poche arrière. Lorsque nous visitons des salons d’ameublement à l’étranger, c’est là que j’inscris toutes mes notes et que je dessine tous mes croquis. Il devient un journal de toutes nos expériences.

 

Carla  Les échantillons de couleurs Pantone sont importants pour mon travail. Leur langage est commun à tous les pays avec lesquels je travaille et je m’y réfère tous les jours.

 

Madi  Je voyage beaucoup donc mon iPhone est devenu un outil assez essentiel et si je le perdais alors que je suis à mi-chemin de l’autre bout du monde, je pleurerais — mais je maintiens ma réponse initiale – un stylo et du papier sont les outils les plus essentiels. Avec ces derniers, on peut tout faire. On peut prendre des notes. On peut faire des croquis.

 

 

EQ3  Parlez-nous de la collection Printemps.

 

Madi  Notre objectif était de mettre l’accent sur des articles très confortables, sains et naturels qui pourraient facilement s’intégrer dans la vie des gens. Disons qu’on pourrait la décrire comme chaleureuse. J’ai utilisé beaucoup de bois massif et de lignes épurées — rien de trop décoratif.

 

Carla  J’ai utilisé beaucoup de tissages et de matériaux naturels comme le coton, la laine, le feutre naturel et le lin. Je me suis concentré à adoucir le décor de la table à l’aide de textiles et de couleurs subtiles.

 

Enri  Les matériaux naturels que nous avons utilisés permettent d’intégrer la collection dans divers contextes allant du plus évident, soit le chalet près du lac, au condo minimaliste.

 

En ce qui concerne particulièrement les meubles rembourrés, nous avons introduit un nouveau langage design avec des housses à jupe. C’est un nouvel ajout à notre gamme de produits. Il est intéressant d’élargir notre offre à nos clients.

 

 

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Commode basse en teck récupéré, conçue par Madi

 

 

EQ3  À quoi ressemble le décor chez vous?

 

Enri  Eh bien, c’est une bonne question. Venez-vous nous rendre visite aujourd’hui? Si nous attendons de la visite, c’est très propre. Sinon, je dirais que c’est un mélange très éclectique de chaussures, de vêtements et de sacs tout partout – autrement dit, c’est vraiment le désordre.

 

À part cela, je dirais que c’est une collection de morceaux ici et là qui ont été ajoutés au fil du temps et auxquels nous nous sommes attachés, comme l’ensemble de chaises de salle à manger en contreplaqué moulé remis en état que nous avons eu de mes grands-parents. Mais, il y a aussi des objets très utilitaires et pratiques que nous avons tenté d’agencer avec le reste pour nous créer un domicile confortable.

 

Madi  Je ne sais pas comment décrire à quoi ça ressemble chez moi.

 

Enri  À une exposition artistique

 

Madi  (Elle rit) Ouais, ce n’est vraiment pas comme une galerie. J’ai collectionné beaucoup de petits objets, de livres, de reproductions et de photographies tout au long de ma vie. C’est une sorte de mélange de petits objets, de beaucoup de choses, mais j’aime croire que tout cela était très intentionnel.

 

Carla  Nous venons d’acheter notre maison cet automne. Elle a été construite en 1929 et tous les planchers et les rampes en chêne sont d’origine. Elle a beaucoup de cachet et c’est ce qui m’a donné mon coup de coeur. Nous sommes maintenant en train de l’aménager lentement. Actuellement, c’est un mélange de vieilles choses que nous avons toujours eues et de nouvelles choses. Pour la plupart, ce n’est pas trop encombré. La majorité des choses que nous avons ont une fonction, à l’exception de la grande quantité de coussins et de textiles que nous avons un peu partout.

 

 

EQ3  Comment vous explorez-vous votre créativité en dehors de votre semaine de travail normale?

 

Carla  Nous avons tous la possibilité de voyager et c’est assurément un intérêt pour nous tous. Nous aimons certainement aller à de nouveaux endroits, découvrir de nouvelles cultures, rencontrer de nouvelles personnes et participer à toutes sortes de conversations. La découverte du monde est sans doute quelque chose qui inspire chacun de nous.

 

J’adore également cuisiner et je dirais que c’est certainement un exutoire créatif en dehors de mon quotidien.

 

Madi  Je passe beaucoup de mon temps libre à visiter beaucoup de galeries et de salons à Winnipeg. Il y a tellement de gens talentueux qui vivent à Winnipeg de nos jours! Des artistes, des musiciens, des chefs, des cinéastes — c’est fou. Donc, j’essaie toujours de m’organiser pour sortir, même quand il fait inhumainement froid dehors.

 

Enri  J’aime sculpter le bois. Ce que je trouve fascinant dans la sculpture, c’est que, contrairement à d’autres formes d’art, l’on retire la partie du matériau que l’on n’a pas besoin pour en arriver à réaliser la pièce imaginée.

 

 

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Tapis tissé à la main Corfu, conçu par Carla

 

 

Cette entrevue a été préparée pour le supplément du catalogue printemps 2014 d’EQ3. Restez branchés pour l’annonce de l’arrivée du catalogue la semaine prochaine.

Entrevue : Joe Kalturnyk de « RAW: Almond »

jan 30, 2014

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La ville de Winnipeg est reconnue pour ses festivals insolites et ses événements culturels uniques, mais les événements du genre RAW:almond intriguent vraiment, car ils ont le pouvoir de faire sortir les gens de chez eux, presque contre leur gré, les soirées les plus froides de l’année, pour aller célébrer le talent et la culture locale. Depuis maintenant deux ans, est érigé sur l’eau glacée pendant trois semaines RAW:almond (#riverpopup), un restaurant éphémère, au point de rencontre historique de la rivière Rouge et de la rivière Assiniboine.

 

Joe Kalturnyk (directeur de la galerie d’architecture et de design RAW) et Mandel Hitzer (Chef chez Deer+Almond) sont les créateurs visionnaires de RAW:almond. Nous y sommes allés rencontrer Joe un matin en début de semaine, pour discuter du festival, du design de la structure et de ce que l’avenir réserve pour ce petit bijou congelé.

 

À notre arrivée, Mandel se réveillait tout juste après avoir passé une nuit sur la glace. Il y dort pendant chacune des 21 nuits de RAW:almond pour amasser des fonds au profit de trois organismes communautaires. Les recettes de cette aventure de bienfaisance, que l’on nomme maintenant le Great Canadian Sleepout (#GreatCanadianSleepout), iront aux Clubs des garçons et des filles de Winnipeg, à FortWhyte Alive et au Centre de ressources pour les Manitobains sourds et aveugles. Les dons peuvent être versés à RAW:almond, au marché The Forks et par l’intermédiaire de PayPal à TheForks.com.

 

EQ3-Blog-RawAlmond06

 

EQ3  En vos propres mots, comment décririez-vous l’expérience RAW:almond?

 

JOE KALTURNYK  Je crois que c’est une aventure pour tout le monde; pour mon équipe, pour l’équipe de Mandel, pour les serveurs et les clients.

 

 

EQ3  Vous en êtes donc à votre deuxième année. Qu’est-ce qui a inspiré le concept?

 

JK  Nous faisions tous les deux des activités semblables il y a quelques années, et il m’a suffi de contacter Mandel et de lui dire : « Hey, pourquoi ne pas fusionner nos deux activités? » Il animait des dîners clandestins et j’animais des galeries d’art éphémères. Nous nous sommes donc dit que ce pourrait être un nouveau projet très intéressant.

 

Quant à Cyrus Smith, il est un artiste-peintre ainsi qu’un chef réputé. Je l’ai connu dans le monde des arts. Je lui ai dit : « Hey, Cyrus, j’ai une idée. Nous devrions nous rencontrer. » Nous nous sommes tous rencontrés sur la terrasse pendant le festival de théâtre The Fringe et j’ai dit : « Ouais, voici mon idée, qu’en pensez-vous? » Ils ont dit : « Ouais, ce serait vraiment cool. Où devrions-nous le faire? » J’ai présenté quelques idées. Ils ont présenté quelques idées. Puis, à la table je crois, nous avons décidé que nous allions le faire sur la rivière.

 

J’y pensais hier : nous avions des impressions tellement bizarres de ce qui pourrait en advenir. Par exemple, nous avions l’étrange impression que personne ne viendrait, alors nous ne faisions rien le lundi et le mardi et, le mercredi, peut-être un peu de soupe. Nous pensions tout simplement que ce ne serait pas populaire et personne ne s’y intéresserait vraiment, mais certains venaient le weekend. Puis l’achalandage a commencé à augmenter et je ne me souviens pas quand nous avons décidé que nous ferions à dîner tous les soirs, mais une fois que nous avons api que la durée de notre permis était de trois semaines, nous nous sommes dit qu’il (Mandel) aurait peut-être besoin de quelqu’un pour l’aider, parce que trois semaines seul, c’est long. Alors, il a fait appel à des amis, puis il a fait appel à d’autres amis et c’est comme cela que c’est devenu le type de festival que nous avons aujourd’hui.

 

 

EQ3  C’est intéressant de savoir que l’idée a été formée à l’été, pendant le Festival Fringe.

 

JK  Oui. Pour ma part, j’y pensais depuis un bout de temps. Je me suis toujours intéressé à l’architecture du genre nomade – l’architecture temporaire – et je m’intéressais aux différentes façons de configurer ce type d’espace. J’avais déjà été monteur d’échafaudages, alors je connais ce matériel et je le trouve très fascinant dans sa simplicité. Facile à réaliser, facile à monter et à démonter. C’est à dire, je l’ai enseigné en quelques jours à mon coéquipier qui était venu m’aider et le voilà maintenant qu’il fait ce qu’un monteur d’échafaudages professionnel ferait. C’est donc du matériel formidable. Alors je me suis dit : « Eh bien. Je veux explorer davantage ce matériel, » et je croyais que l’on pourrait créer une forme intéressante… que l’on pourrait créer un tas d’autres choses. Ce pourrait être un mariage d’architecture et de nourriture… quelque chose de la sorte. Ouais, alors j’y ruminais depuis peu, mais rien n’était vraiment concret. Et puis au moment de cette rencontre, nous nous sommes dit : « Ouais, ça pourrait être superbe. Faisons-le. »

 

 

EQ3  Quelle était votre vision de cet espace?

 

JK  Je commence toujours à partir de l’intérieur vers l’extérieur. Je place la table. Puis, je place la cuisine et la table de bar pour voir l’espace dont j’ai besoin. Tout s’élabore alors autour de la nécessité de rassembler les gens autour d’une longue table. Nous avons décidé d’installer la cuisine à l’intérieur cette année, de façon un peu plus professionnelle, un peu plus finie. C’était donc un des paramètres. Puis, il y a tous les trucs environnementaux à considérer; comme la charge de neige que nous recevons, elle doit s’écouler sinon elle devient très lourde. La structure doit également être protégée et assez solide pour résister à ces vents de 80 km à l’heure que nous avons. Voilà donc quelques-unes des choses auxquelles je pense toujours, en essayant de développer une forme.

 

Au début, je pensais faire des formes plutoniques — question d’être, je ne sais pas, un peu ironique, car elles ne sont pas trop astucieuses. Mais ensuite, j’ai pensé : « Le problème avec ces dernières est que je sais à quoi elles ressemblent. » Je peux imaginer ce à quoi cela ressemble. Le dôme géodésique est tout juste à l’extérieur (une structure partiellement construite et située à proximité de la tente à repas) et l’on peut imaginer à quoi ressemble l’intérieur. Et, en quelque sorte, je veux un défi, alors je me suis dit : « Si je prenais une forme et que je la déformerais dans l’espace… » En fin de compte, je ne connaîtrais pas tous les paramètres. Je ne connaitrais que le début et la fin, mais je ne saurais jamais ce qui se passerait entre les deux. Je croyais que ce serait un défi intéressant. Alors j’ai commencé par cela et ce que j’ai découvert était tout à fait fascinant. Ensuite, j’ai dû prendre du recul pour que ce soit plus constructible. Mon idée était vraiment bonne — c’était une joie pour moi de la construire et de la voir se réaliser. En mettant en place un simple paramètre, chaque fois qu’on l’ancre, ou chaque fois que l’on fait quelque chose pour la solidifier, elle (la structure) crée sa propre formation en vague.

 

 

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EQ3  Que souhaitez-vous que vos clients retirent de cette expérience?

 

JK  La nourriture est, certainement, un élément majeur. Je ne dirais pas que c’est la seule composante et c’est ce que je voulais vraiment accentuer cette année. C’est une expérience haptique tout à fait sensorielle : le nez, les oreilles, les yeux (et) les papilles gustatives.

 

Donner aux gens une expérience très ésotérique ne m’intéresse pas. Je ne voulais que présenter certains éléments de mes artistes préférés. Voilà donc un couloir inspiré par James Turrell (Joe montre le couloir de l’entrée), où l’on baigne dans la lumière pure. Puis, on peut faire une modification et on change l’ambiance et l’humeur ici présente. Le couloir rétrécit ou s’élargit très progressivement selon la direction dans laquelle on se dirige, et ce qui est amusant, c’est que l’on perd quelque peu son corps dans cet espace. On a l’impression qu’on y flotte, car elle s’agrandit, comme le tunnel dans l’Odyssée de l’Espace 2001, où les choses se mettent tout à coup à s’ouvrir.

 

Nous allons projeter des films et, je ne sais pas, peut-être que nous mettrons un peu de son… qui vient et qui va. Le but n’est pas vraiment de regarder un film en mangeant, mais c’est plutôt d’être immergé dans différents types d’atmosphères culturelles. Ce sont tous des artistes et des cinéastes locaux. Il s’agit vraiment de mettre en valeur nos talents ici. C’est vraiment mon objectif en tant que directeur et, par ce projet, je veux non seulement mettre en valeur le talent local de Winnipeg, mais aussi exposer des choses desquelles les Londoniens sont peut-être blasés parce qu’ils les ont vus un millier de fois, mais qui ne sont peut-être pas encore arrivées ici et sont tout de même merveilleuses à connaitre.

 

EQ3  Quels sont vos projets d’avenir en ce qui concerne RAW:almond? Envisagez-vous de continuer?

 

JK  Oui, cette année nous investissons. Nous avons donc investi dans des biens plus durables contrairement à l’année dernière où la plupart de nos choses étaient louées. Je vais en faire une compétition internationale. Nous rédigeons actuellement les paramètres, comme le volume maximal, le type de table que l’on doit accommoder et on verra ce qui en advient… ce qui en sort.

 

C’est donc ma partie. Et je sais que Mandel est continuellement à la recherche de talents à présenter à Winnipeg. Nous avons recruté 5 ou 6 personnes qui vont venir en avion (cette fois), alors nous allons simplement continuer de croître.

 

 

L’évènement RAW:almond a commencé le 24 janvier à Winnipeg et se poursuit jusqu’au 13 février. Nous irons donc au bar de dégustation éphémère sur la rivière ce vendredi soir et nous allons capturer la soirée sur le fil Instagram d’EQ3. Revenez ici sur le blogue la semaine prochaine pour un récapitulatif complet de l’expérience!

Entrevue : Lane Delmonico Gibson

déc 23, 2013

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La semaine dernière, nous avons rencontré l’artiste local et céramiste Lane Delmonico Gibson chez Make Coffee, où elle expose actuellement une partie de ses œuvres de poterie avec sa bonne amie Chloé Carpenter. Il y a environ 5 ans, Lane et Chloé ont complété ensemble une formation dirigée par la potière française Agnès Chapelet dans le village de La Borne en France. Leur exposition chez Make Coffee est la suite de cet apprentissage. Au lieu d’afficher toutes leurs œuvres, cette exposition montre les outils que ces femmes ont faits à la main pendant leur stage, ainsi qu’une série de pots, de vaisseaux et d’autres pièces qu’elles ont fabriqués tout en développant leurs compétences. Le résultat donne une exposition qui explore et célèbre le processus de la conception, c’est-à-dire les étapes qui composent cette forme d’art.

 

Ayant toujours été attirées par la poterie et par l’idée d’étudier à l’étranger, nous avions hâte de nous asseoir avec Lane et d’en connaître plus sur son séjour en France et sur les expériences et leçons qu’elle a rapporté à Winnipeg. Lane complète actuellement son baccalauréat en enseignement et elle travaille à temps partiel chez Make Coffee. En se présentant à l’entrevue, elle s’est rapidement glissée derrière le comptoir pour se préparer une boisson (et par la suite, pour m’en offrir une autre) même si c’était son soir de congé. Ce geste simple a dicté le ton pour le reste de la soirée. Lane était calme, ouverte, honnête, et tellement humble. Nous nous sommes assises en tenant nos boissons chaudes dans nos mains – dans des chopes que Lane et Chloé avaient eux-mêmes fabriquées en France — et nous avons bavardé pendant près de deux heures sans rien précipiter.

 

C’était comme si notre conversation nous avait transportées en France et que nous profitions de la vie intentionnellement au ralenti qui fait la réputation de l’Europe. Et, nous espérons que cette entrevue vous procure une impression semblable de calme et d’évasion.

 

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L’artiste Lane Delmonico Gibson devant des pages de son cahier de notes de poterie de son stage en France.

 

EQ3  Comment avez-vous fait vos débuts en poterie?

 

LANE DELMONICO GIBSON  Je dis parfois que c’est arrivé par hasard. Me lancer en poterie était un coup de dés. J’avais 17 ans quand une amie me l’a suggéré…en fait, ce n’était vraiment qu’une suggestion. Je m’étais intéressé à l’art tout au long de mon enfance et quand les gens me demandaient ce que je voulais faire quand je serais grande, je disais toujours que je voulais être une artiste, mais je ne savais pas vraiment quel genre. Je n’avais pas vraiment expérimenté avec l’argile quand j’étais jeune. Je me souviens que mon professeur de 4e année m’avait choisi pour participer au programme Through the Eyes of a Child, offert par la WAG (la galerie d’art de Winnipeg). C’était une formation de fin de semaine. Je me souviens que chaque fois que je fabriquais quelque chose et le ramenais chez moi, mon père le plaçait sur le manteau de la cheminée et j’en étais vraiment, vraiment fière. Eh bien, j’avais fait un pot spiralé en argile… c’était un objet laid avec un chat sur le couvercle, et j’en étais vraiment fière.

 

Donc, cela est un de mes souvenirs et plus tard, en 12e année, je me souviens qu’un jour, ma très bonne amie Chloé est venue me voir. Elle est à moitié française, alors elle rentrait en France chaque été pour voir ses grands-parents. Et puis, un été, elle est revenue et me dit « Lane, tu dois venir en France avec moi. J’ai découvert ce tout petit village appelé La Borne où je veux faire un stage en poterie », mais à cette époque mon esprit était, je crois, plus en harmonie avec la façon dont mes parents m’avaient en quelque sorte programmé : pour croire que je devrais aller à l’université dès la fin de l’école secondaire. Donc, j’étais vraiment nerveuse de devoir parler de ce projet à mes parents. Ils ont tous les deux une formation universitaire. Mais, Chloé m’avait parlé de cette incroyable formation et je ne pouvais pas passer outre. Puis, je me souviens qu’un jour je prenais le petit déjeuner à Falafel Place et que j’étais prête à le dire à mon père. J’avais préparé la façon dont j’allais lui annoncer que je voulais partir pour la France. Je n’avais que 17 ans. Puis, la conversation n’a duré qu’environ 0,2 seconde et je n’ai que dit : « Voilà! Je veux m’installer en France, » et il a dit : « Ne crois-tu pas que tu pourrais ne plus jamais vouloir retourner aux études? Si tu prends une année sabbatique, tu ne voudras pas retourner aux études », car il savait que le cours que je venais de lui décrire n’était aucunement affilié à une université. Ce n’était qu’une femme qui prétendait être une potière qui allait nous transmettre toutes ses connaissances. Et puis, je lui ai dit : « Non, je retournerai aux études. » Il m’a répondu : « Oui. D’accord. Très bien. » Et il ne m’a posé aucune autre question. À ce moment-là, j’ai réalisé que tout ne dépendait que de moi et j’étais vraiment contente qu’il me donne cette liberté.

 

 

EQ3  Était-ce l’été immédiatement après la 12e année, sinon quand avez-vous fait votre stage?

 

LDG  Oui, l’été suivant la 12e année, je m’apprêtais à partir. Je suis déménagée en septembre et j’ai retrouvé mon amie Chloé en France, puis le cours a commencé en septembre – à la fin septembre. C’était un programme sur 6 mois. Avant le début du cours, nous sommes allées au village, l’avons exploré, et avons rencontré notre professeure, Agnès. Et puis en avril, après un total de 892 heures précisément, la formation s’est terminée.

 

 

EQ3  Wow! Alors à quoi ressemblait une journée typique? Quand commençait-elle? Quand se terminait-elle? Que faisiez-vous?

 

LDG  C’était un cours beaucoup plus détaillé et structuré que ce à quoi je m’attendais. Nous commencions à 9 h chaque jour. Chloé et moi vivions ensemble dans une minuscule petite maison de pierres sans chauffage, sauf un poêle à bois, semblable à un foyer au bois. On nous a offert une auto à deux chevaux. C’était en fait une sorte de voiture ancienne qui appartenait à son défunt grand-père. Sa grand-mère avait conservé cette voiture et elle nous avait permis de l’utiliser pour l’année. C’était une voiture très voyante. Nous nous levions le matin et conduisions quelques kilomètres pour nous rendre à l’atelier de notre professeure et en chemin, nous nous arrêtions à la boulangerie acheter un pain chaud, et habituellement, il ne restait que la moitié du pain lorsque nous arrivions à l’atelier.

 

Nous devions d’abord allumer un feu pour réchauffer le studio et nous commencions ensuite à pétrir l’argile. C’était un entraînement physique complet. Je me souviens d’avoir regardé Chloé après le premier jour et de lui avoir dit : « Je ne peux pas physiquement faire cela. Je ne sais pas à quoi tu pensais quand tu m’as proposé de venir avec toi, parce que je ne suis pas assez forte. » Juste le malaxage de l’argile vraiment dure et froide représentait toute une séance d’entraînement pour le haut du corps. Mais on s’y habitue. Au fil du temps, on ne le remarque plus.

 

En matinée, la formation était plutôt dirigée – nous apprenions les rudiments du tournage. Cela durait donc 3 heures chaque matin. Notre professeur lançait un pot. Nous avons commencé par créer un bol à céréales; elle l’a lancé et a pris les mesures — des mesures très précises de la base du bol et puis du rebord et de la largeur de l’ouverture. Puis, elle nous a laissés faire chacun pot. Elle les a tournés sur notre propre poste de travail, car il n’y avait que deux étudiants… que nous deux. Nous la regardions tourner un pot puis nous en tournions un nous-mêmes. Nous en faisions environ une douzaine. Nous tentions de l’imiter le mieux possible. Puis nous terminions la matinée avec une analyse. Nous prenions une section transversale. À l’aide d’un fil de fer, nous coupions les pots en deux. Nous placions le fils sous le pot, au centre, et nous le tirions vers le haut pour le trancher en deux moitiés et nous analysions la coupe transversale de l’argile. De cette façon, nous étions en mesure de constater si nos fonds étaient trop lourds ou trop épais et si les parois s’amincissaient par endroits. Nous mesurions la base, le rebord et la circonférence, et les inscrivions dans nos journaux. Ainsi, juste derrière vous (Lane pointe vers un tas de papiers suspendu sur un mur près de nous dans le café) ce sont quelques-unes des notes que nous avons rédigées — le poids et puis toutes les dimensions. Ensuite, nous prenions le repas du midi ensemble.

 

Puis, l’après-midi, c’était tout à fait différent. Nous restions dans l’atelier, mais le travail était plus libre et créatif. Donc, nous pouvions faire quelques dessins, façonner des pièces sur le tour… faire des trucs plus fantaisistes. Nous pouvions travailler sur nos propres projets, développer nos idées ou même essayer de faire un objet que nous avions vu lors d’une exposition dans une autre ville – c’était notre moment pour travailler sur des pièces de poterie de façon plus autodidacte.

 

 

EQ3  Et puis, à quel moment concluiez-vous votre journée?

 

LDG  Elle se terminait à 17 heures.

 

 

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EQ3  Est-ce chaque jour se ressemblait, alors? Du lundi au vendredi?

 

LDG  Mmm hmm. Du lundi au vendredi. Et nous terminions le mois avec une cuisson. Et chaque mois c’était très excitant parce que la cuisson est un processus très émotif. Après avoir créé tous ces pots – il se pouvait qu’à la fin de chaque journée, avec un peu de chance, nous ne conservions que l’un des pots que l’on avait façonnés sur le tour… si notre professeure jugeait qu’il en valait la peine. Donc, à la fin du mois, il pouvait nous rester une douzaine de pots. Les trois derniers jours de l’avant-dernière semaine étaient consacrés à fabriquer tous nos engobes à la main. Nous suivions donc des recettes… des recettes que parfois même notre professeure n’avait jamais essayées. Nous expérimentions avec de différents produits chimiques et de différents éléments et nous appliquions nos engobes et effectuions la cuisson pendant la dernière semaine. Nous faisions soit une mise à feu électrique, au gaz, au bois ou du raku. Puisque la cuisson au bois est un processus très long, les potiers en effectuaient généralement que deux par année. Nous avons donc eu l’occasion d’assister à deux cuissons au bois pendant notre année.

 

Puis, le dernier jour ou chaque mois, nous vidions le four. Nous faisions toujours une cuisson électrique pour qu’il se passe toujours quelque chose d’excitant. Donc, quand nous vidions le four, c’était comme déballer des cadeaux le matin de Noël. Nous ouvrions le four et sortions tous nos pots. Nous n’avions aucune idée de l’effet que produiraient certaines combinaisons d’engobe. Alors, si nous obtenions un pot qui était vraiment, vraiment vert, nous savions que c’était à cause de tout le chrome que nous avions ajouté. Ou, le magnésium pouvait produire une coloration plutôt pourpre et quant au cobalt, il était toujours associé à de l’émail bleu.

 

Cette partie était alors vraiment intéressante — la chimie qui s’y rapporte —, mais si vous me demandez de le décrire en détail… J’ai tout ça en français dans ma tête. Notre professeure était assez stricte et insistait pour que nous apprenions le vocabulaire et la chimie et pour que nous prenions des notes pendant tout le processus. Nous cataloguions le processus de fabrication du four à cuisson et gardions toutes nos recettes de vernis. Ainsi, une grande partie du travail que nous faisions était en fait théorique et manuscrit, même si elle n’avait jamais terminé ses études secondaires. Mais elle avait créé ce cours qui était très conforme, malgré qu’elle ne soit pas en mesure d’offrir un certificat à la fin de celui-ci. Mais cela n’avait aucune importance, car c’était sa vocation.

 

 

EQ3  Quelle bagage avez-vous – ou Chloé – apporté avec vous lors de cette expérience?

 

LDG  Très peu. Chloé avait touché à l’argile à quelques reprises. Elle avait suivi un petit cours au secondaire et moi, je n’avais jamais démarré un tour avant de mon premier jour. J’étais un peu inquiète parce que je croyais qu’Agnès acceptait seulement des élèves apprentis qui avaient déjà des connaissances, mais elle acceptait les gens de tous niveaux. Nous étions débutantes et c’était très bien. Elle a adapté son cours en fonction de notre niveau et de nos chano d’intérêts.

 

 

EQ3  C’est incroyable. Alors, comment cela s’est-il déroulé? Comment avez-vous réussi à vous inscrire au cours au départ si elle ne prenait que deux élèves à la fois?

 

LDG  Eh bien, comme je disais, Chloé est allée en France l’été avant que nous partions. Ses grands-parents maternels l’ont emmenée dans ce village de poterie, car la mère de Chloé est décédée quand elle avait neuf ans et elle était potière. Sa mère avait légué à Chloé plusieurs de ses outils, beaucoup de sa propre poterie et des tonnes de ses livres sur la céramique, et Chloé se disait que si elle voulait mieux connaître sa mère, elle devait alors traverser aussi ces étapes physiquement. Elle y est alors allée avec l’intention de comprendre ce que sa mère faisait et d’essayer de mieux la connaître. Puis, lorsqu’elle est revenue à Winnipeg après cet été et qu’elle m’en a parlé, je ne pouvais pas laisser passer l’occasion. J’étais en immersion française, alors un séjour en France était une grande occasion pour moi de développer mes compétences orales en français. Je trouve que c’est quelque chose qu’on ne souligne pas assez en immersion française, alors le fait d’être complètement immergé serait certainement un atout. De plus, puisque j’avais toujours aimé l’art pendant mes études secondaires et primaires, j’ai décidé : « D’accord, je vais le faire… c’est ce qui doit arriver. » Donc, nous avons toutes deux écrit une lettre d’intention à la main et l’avons envoyé par la poste pour ensuite recevoir une réponse d’Agnès… et je présume que sa réponse était favorable, car « voilà! » C’était un fait accompli, ouais…. (Elle rit.) Je ne me souviens pas. Tout s’est mis en branle et avant que je m’en aperçoive, je volais vers la France.

 

 

EQ3  Par la façon dont vous avez décrit votre demeure, votre voiture et la boulangerie… on dirait une scène de film. Était-ce vraiment aussi idyllique que l’on puisse imaginer?

 

LDG  Je me souviens que je conduisais ma bicyclette anglaise dans le village et que je me disais : « Je suis en France! » Stupéfiée, j’ai regardé mon amie en pensant : « je ne peux pas croire que c’est réel. » Mais, dans mon cas, je mentirais si je disais que c’était tout beau, car c’était vraiment très difficile de partir de chez moi et d’être complètement immergé dans un village où personne ne parlait anglais. Je suis vraiment reconnaissante d’avoir reçu une forte base en français, mais malgré cela, il m’a fallu beaucoup de temps pour que je me lance et que je vole de mes propres ailes. Mais, les gens du village étaient vraiment, vraiment accueillants… et divertissants.

 

C’est difficile de tout mettre en mots – mais c’était tellement routinier, je suppose. Comme j’ai décrit… se lever le matin… l’une de nous devait en fait se lever très tôt le matin, vers 2 heures, et ajouter du bois sur le feu. Alors, nous nous partagions la tâche. Nous nous mettions au lit – nous poussions nos lits ensemble – en portant quelques paires de chaussettes. Nous en portions aussi sur nos mains. Nous portions des tuques et nous dormions dans des sacs de couchage, vêtues d’environ dix chandails chacune. Nos familles nous envoyaient des vêtements chauds du Canada, car nous avions tellement froid. Il faisait plus froid là-bas qu’à Winnipeg. Sinon, il semblait faire plus froid parce que c’était humide et nous étions gelées jusqu’à la moelle. De plus, les maisons en France sont moins bien équipées. Il va sans dire que cette partie était une découverte.

 

 

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EQ3  Y a-t-il une étape du processus que vous préférez quand vous travaillez sur une pièce – une qui vous rejoint le plus ?

 

LDG  Vous savez, je crois que c’est probablement l’étape de la conception, lorsqu’on se demande quoi faire ou comment démarrer un projet. Aujourd’hui, j’aime m’inspirer d’autres artistes. Je pense que dans mes débuts je ressentais beaucoup de pression à devoir être originale. Alors parfois, je faisais face à une impasse quand je devais commencer un nouveau projet, car je me disais : « Eh bien, je ne veux pas faire cela parce que je ne veux pas donner l’impression que j’ai copié quelqu’un d’autre. » Mais j’ai surmonté cette phase et c’est devenu la partie la plus excitante pour moi… la recherche et la découverte de ce qui existe déjà. Parce que, avouons-le, il existe tant de choses et tant de gens créatifs, vous savez – même ici à Winnipeg – que si on reste là à se soucier d’être original, on n’aboutira à rien parce que peu importe ce que l’on crée, cela ressemblera à quelque chose qui aura été fait auparavant.

 

Donc, ce que je trouvais le plus intéressant c’était de visiter plusieurs galeries d’art et de faire des voyages jusqu’à Paris pour voir différentes expositions – cela faisait partie du cours. Donc, notre professeur nous y conduisait le week-end, sur son temps libre, et nous apportait soit à une journée portes ouvertes pour voir ses propres œuvres ou celles d’autres artistes. Et, il ne s’agissait pas toujours de voir de la poterie, mais de nous faire voir ce qui existait. Nous sommes donc allées au musée d’art africain à Paris, puis nous y sommes retournés la semaine suivante pour faire une étude et nous avons tenté de faire des vaisseaux très ronds, inspirés par les rondeurs du corps humain. Ou, nous allions au musée oriental de la céramique à Paris, puis nous revenions étudier une technique japonaise, disons. Donc, nous apprenions… et empruntions… d’autres artistes et nous essayions d’imiter ce qu’ils avaient fait. Je me souviens d’avoir vu une toile de Giuseppe Arcimboldo… il fait des genres de portraits composés de fruits et de légumes. Donc, je voulais faire quelque chose comme cela, mais sans utiliser de la peinture. Je me souviens d’avoir vu un mobile dans un autre musée et de m’être dit que ce serait chouette de faire un mobile. Alors, j’ai fini par trancher des fruits et les suspendre sur une ligne à pêche et j’en ai fait un visage de fruits; j’ai donc fini par créer quelque chose d’unique, mais lors du processus, j’avais l’impression de voler les idées des autres. Mais, je pense que c’est acceptable.

 

 

EQ3  Avec quels autres médiums (artistiques) avez-vous expérimenté… ou expérimentez-vous?

 

LDG Cette année-là, en France, c’était principalement de l’argile, de différents types d’argile — nous avons utilisé du grès australien, de la terre cuite et de la porcelaine. Mais, au fait, l’année suivante, je suis retournée en France, j’ai fait un peu plus de la poterie juste pour le plaisir, j’ai visité de nouveau le village, et j’ai vu ma professeure. Et l’année suivante, j’ai fini par m’installer en France à nouveau, mais cette fois c’était pour étudier le français. J’étudiais à l’Université de Bordeaux. Mais, même si j’y étais pour étudier la psycholinguistique et la littérature française, j’ai fini par prendre des cours du genre photographie et gravure. Et, c’était absolument incroyable.

 

J’ai adoré la gravure, et c’est quelque chose que je voudrais approfondir ici. Je trouve effectivement que c’est semblable à la poterie dans le sens que le dévoilement du produit final est un processus émotif, comme vider le four. Quand nos pièces sortent de la presse à imprimer, on n’est jamais vraiment certain. C’est tellement aléatoire, je suppose. C’est cet aspect qui m’attire vraiment.

 

 

EQ3  Et, vous travaillez actuellement en vue de devenir enseignante — n’est-ce pas? Avez-vous l’intention d’y intégrer l’art?

 

LDG  Certainement. Je pense que mon plan de match est d’enseigner l’art et de toujours conserver l’art dans ma vie. Je ne crois pas pouvoir vivre sans art. Mais pour ce qui en est de devenir professeure d’art dans une école, de faire de l’enseignement d’art privé, ou de tout simplement travailler comme artiste à la pige… qui sait où j’aboutirai?

 

Vers la fin de notre année en France, Chloé et moi préparions toutes deux nos portfolios pour les Beaux-Arts. Elle s’est finalement rendu jusqu’au bout. J’ai privilégié le français et c’est ce que j’ai étudié. Et maintenant, elle a un diplôme des Beaux-Arts, j’ai un diplôme en français, et nous voilà de nouveau ensemble à étudier en enseignement avec le même objectif d’éventuellement enseigner l’art.

 

 

EQ3  Que pensez-vous d’Agnès (votre professeure)? Comment était-elle?

 

LDG  Elle était extrêmement vulgaire. J’ai appris la plupart de mon français d’elle, ce qui fut une expérience très intéressante parce que j’apprenais d’elle en pensant que c’était la façon dont la plupart des gens parlaient, et puis j’allais à Paris rester avec des amis ou de la famille ou les amis de Chloé et j’utilisais ses expressions campagnardes… c’était donc intéressant comme apprentissage.

 

Mais, j’admire le fait que même si elle était vulgaire, ludique et bonne vivante, elle était tout de même toujours très concentrée et très organisée. Et, plus tôt, je parlais de copier et de voler les idées des autres artistes pour ensuite créer ses propres œuvres, mais en ce qui concerne l’enseignement, c’est un domaine où l’on peut totalement voler des idées. Et maintenant, dans mon enseignement, je pense souvent à la façon dont elle nous a enseigné, car tout le cours était une fête. Nous riions sans arrêt toute la journée, mais nous produisions et nous apprenions quand même. Je crois que c’est une chose vraiment, vraiment difficile à accomplir. Elle donnait son cours d’une façon vraiment admirable. Même si on aurait dit qu’elle fonctionnait à l’aveuglette, l’avenir ne l’inquiétait pas. Nous avions un plan de cours assez exigeant et nous le suivions de très près. Je pense qu’elle est vraiment la personne que j’admire le plus comme professeure.

 

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EQ3  Parmi les œuvres que vous avez conçues, en avez-vous une favorite? Une pièce en particulier? Ou peut-être un type d’objet préféré à réaliser?

 

LDG  Ouais, eh bien, la pièce du fond (Lane pointe vers un grand récipient rond), celle-là, c’est la plus grande et il a fallu plus de temps pour la produire, mais elle est vraiment intéressante à mes yeux, car la base a été formée sur un tour, puis le reste a été réalisé à la main. Eh oui, j’ai vraiment aimé ce processus… construire quelque chose… comme commencer avec une base solide et très épaisse, puis manipuler l’argile comme il est impossible de faire sur un tour. Donc, c’est la façon dont nous l’avons commencé et ce fut notre projet final.

 

Malheureusement, celui de Chloé avait une bulle d’air à l’intérieur et il a explosé au four et ça, c’est le genre de chose avec laquelle on doit vivre. Ouais, « c’est la vie d’un pot » comme ma professeure disait. Mais, bref, nous l’avons commencé en dessinant de différentes formes au charbon. Et cette pièce est issue d’un de mes croquis et je dirais donc que j’y suis vraiment attachée.

 

Mais une autre œuvre qui a été vraiment agréable, c’est le groupe d’œufs (elle pointe à des oeufs à effet craquelé). Nous les avons faits sur le tour et en fait, ils sont creux à l’intérieur. C’est un processus assez complexe aussi et c’est pourquoi je les aime tellement… les étapes pour y arriver sont toutes très différentes. On doit d’abord les tourner et puis on les chauffe dans un four à raku nu. Il s’agit d’une cuisson à une température très élevée et la température monte vraiment, vraiment rapidement. Les pots subissent un choc puisqu’on les retire du four immédiatement au lieu de les laisser refroidir au four. Ensuite, ils sont mis dans un grand seau rempli d’un tas de copeaux de bois qui prennent en feu. Et puis, les pots sont jetés dans un seau d’eau froide et subissent un autre choc… ce qui crée l’effet craquelé. Puis, on doit gratter l’émail durci qui se trouve encore sur l’extérieur pour la retirer, comme une carapace de tortue, et ce qui se trouve en dessous est ce que vous voyez là-bas — le produit final. C’est donc un processus assez complexe pour une œuvre si petite.

 

 

EQ3  Vous avez mentionné la « vie d’un pot » — pouvez-vous élaborer? D’où vient cette expression? Quelle est sa signification?

 

LDG  Ouais, eh bien, je suis contente que nous ayons décidé d’inclure cette expression dans l’exposition, même si elle ne pourrait ne pas faire beaucoup de sens pour quelqu’un qui la voit. Mais elle a une grande signification pour moi.

 

Je suppose que la « vie d’un pot » signifie que l’on ne sait jamais vraiment ce qui va arriver. Il y a toutes ces étapes en poterie et c’est un peu ce que nous essayons de démontrer dans notre exposition. Quand j’en ai discuté pour la première fois avec Jae (le propriétaire de Make Coffee), il a été vraiment intrigué par les outils et le processus de la poterie. La plupart des gens sont familiers avec le produit final et c’est souvent ce qu’on présente dans les expositions de poterie. Nous voulions donc vraiment mettre l’accent sur la vie d’un pot – à partir de son origine. Initialement, au début du cours, nous avons fait tous nos outils à la main. C’était l’un de nos premiers projets, puis nous avons fait nos propres estampes à utiliser comme signature. Nous réalisions donc chaque étape… à partir du moment où l’on prend ce qui n’est qu’une boule d’argile humide qu’on lance ensuite sur le tour, jusqu’à ce qu’on rase la base du pot. Et de là, on procédait au séchage qui est un art en soi… l’attente, jouer avec différents couvercles en plastique… et puis l’application de l’engobe et l’enfournage.

 

 

EQ3  Vous souvenez-vous de la sensation? Sinon, que vous est-il venu à l’esprit lors de votre premier contact avec de l’argile (de la poterie)?

 

LDG  J’étais fébrile. Je me souviens… j’avais mal parce que mes mains frottaient contre la roue d’acier et me déchirait la peau. La guérison a pris 6 mois, malgré tous les bandages que je me faisais. Dès que nous recommencions le lendemain, la peau me déchirait à nouveau. Et il y avait les taches d’argile aussi. Nous travaillions surtout avec du grès qui est gris foncé, et cela nous tachait tout l’avant-bras. Ouais, mon premier contact était donc certainement douloureux, puis je me sentais simplement incompétente, mais on a l’impression d’être vraiment chouette. Je me souviens que quand je voyais quelqu’un travailler sur un tour de potier dans les films je pensais « C’est tellement attrayant… »

 

 

EQ3  C’est l’impression que nous avons toujours eue en observant.

 

LDG  Et ça ressemblent à ça. Je pense que c’est également le contact avec l’argile qui me donne le plus de plaisir, et de pouvoir la manipuler directement, avec mes propres mains. Mais ce que j’ai appris très rapidement, c’est que si on est hésitant, nerveux, ou anxieux, cela se reflète dans notre travail. Si nos pots tombaient ou persistaient à ne pas devenir grand-chose, notre professeure nous disait « Arrêtez… mangez un petit morceau de saucisse ou de chocolat noir », ou peut-être « faites un peu de tai-chi » et « calmez-vous » parce que si notre respiration était instable, alors notre pot allait certainement être également instable. Il est donc vraiment vraiment important de se concentrer sur la stabilité de nos mains et je pense que c’est l’une des choses les plus importantes que j’ai ramenée avec moi.

 

 

EQ3  Maintenant que vous le faites depuis quelques années, comment cela se passe-t-il?

 

LDG  Eh bien, il y a de cela 5 ans, et comme je l’ai dit, je suis retourné l’année suivante, puis je suis déménagée encore une fois en France 2 ans plus tard. Mais, depuis mon retour à Winnipeg, j’ai un peu pris congé de la poterie. C’est vraiment que lorsque j’ai obtenu le poste ici que ma passion pour la poterie s’est à nouveau réveillée. Je suppose que c’est à cause des conversations avec les gens, les autres employés ici, ou les clients qui sont intéressés par le design et l’art et qui apprécient vraiment les histoires que j’ai à partager. Au début de mon emploi, je me souviens d’être rentrée à la maison et de dire à ma colocataire : « Je suis tellement contente de travailler ici parce que je revis toutes mes expériences de la France… parce que les gens m’encouragent. Ils me posent des questions ».

 

Je crois que c’est l’une des choses auxquelles je ne m’attendais vraiment pas. Au départ, je me sentais vraiment, vraiment attaché à ma poterie et je m’extasiais de pouvoir l’exposer et partager son histoire avec tout le monde, mais mon état d’esprit a commencé à changer quand j’ai subitement décidé que j’allais la vendre. J’ai pensé : « Je veux vraiment conserver cette expérience. Je ne veux pas perdre l’aventure que j’ai eue en France. Je veux conserver ces souvenirs parce que c’est ce que je suis ». Mais, tout d’un coup je me suis rendu compte que je suis allé en France pour prendre de l’expérience et acquérir des compétences et que je ne perdrais jamais ces compétences. Et la poterie… le fait que j’étais en mesure d’apporter 300 kilos de poterie avec moi a été la cerise sur le gâteau, et cette exposition l’était d’autant plus. Et donc, je dirais que je me suis rendu compte que de vendre nos œuvres d’art, aussi difficile soit-il, est une étape très importante pour tous les artistes… on doit lâcher prise et s’en séparer. Et pour moi, cela me motive de m’en séparer. Je ressens maintenant une responsabilité à poursuivre davantage la poterie et de m’y remettre.

 

L’exposer est un moyen de raconter et de partager cette expérience avec d’autres, mais c’est encore plus vrai si je les laisse apporter les pièces chez eux pour les utiliser. Donc ce fut vraiment génial de voir des gens utiliser les bols pour boire et d’être en contact avec quelque chose pour laquelle j’ai mis tellement de temps d’abord à réfléchir puis à faire.

 

 

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EQ3  Pour conclure, qu’est-ce que vous voudriez ajouter? Est-ce qu’il y a des choses que vous croyez qu’il serait important que les gens sachent?

 

LDG  J’aimerais pouvoir dire à quelqu’un qui s’intéresse à l’art, à toute forme d’art et non seulement à la poterie, de simplement foncer. Je suppose que j’hésitais au début et j’ai vraiment douté de moi, même après avoir débuté, mais il faut persévérer et ne pas avoir peur des défis… et de voler les idées des autres (elle rit)!

 

 

Merci Lane d’avoir partagé votre art et vos histoires avec nous!

Suivez Lane sur Instagram @potterybylane et sur Tumblr. à lanegibson.tumblr.com pour voir plus de ses œuvres.

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