Kenneth Lavallee

Juin 2, 2015

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C’est en admirant ses imprimés exposés au café Parlour de la rue Main que j’ai pris connaissance de l’artiste winnipegois Kenneth Lavallée pour la première fois il y a quelques années. Illustrant deux personnages moitié-humains moitié-hiboux qui semblaient danser ensemble ou se consoler l’un et l’autre, ses œuvres m’apparaissaient quelque peu folkloriques, mais élégant, tout en évoquant une intimité qui m’attirait. Depuis lors, je me suis familiarisé davantage avec l’ouvrage de Lavallée, admirant son doux talent de dessinateur et la riche palette de couleurs harmonieuses avec laquelle il inonde ses peintures, ses murales, ses gravures et son graphisme. Bien qu’il semble toujours détendu et à l’aise, il est très occupé à traiter des commandes depuis son exposition solo à la Galerie d’art de Kelowna en avril 2014. Dernièrement, il a capturé l’imagination des Winnipegois en proposant d’enrober complètement un bâtiment délabré du nord de la rue Main avec une murale d’étoiles graphiques. J’ai récemment visité Lavallée dans son studio du quartier de la Bourse de Winnipeg, et j’ai eu l’occasion de parler avec lui au sujet de son approche artistique et d’apercevoir sa nouvelle œuvre en cours.

 

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BB : Qu’est-ce qui fait de vous un bon peintre?

 

KL : Je ne sais pas si je suis un bon peintre, mais en tant qu’artiste, j’ai des idées qui sont les mieux transmises à travers la peinture. Comme cette idée récente pour la rue Main. Vous savez, j’ai toujours rêvé et visualisé ce qui pourrait être. Je veux que ma ville brille et paraisse bien. Je ne sais pas si je pourrais me fier à quelqu’un d’autre pour le faire, donc je dois juste trouver les moyens et m’essayer. Je pense que c’est ce que je fais depuis quelque temps en tant qu’artiste.

 

BB : Comment savez-vous si une peinture fait l’affaire alors? Comment la jugez-vous?

 

KL : J’ai ces toiles depuis un mois maintenant et elles sont toutes apprêtées. Comtempler une toile vierge est ma partie préférée du processus créatif. J’imagine toutes les différentes possibilités. Mais il arrive un moment où l’on doit tout simplement prendre son pinceau en main et se mettre à peindre. Une fois que j’ai appliqué les premiers coups de pinceau, je me sens bien et il se passe quelque chose. Il faut prendre des décisions, les suivre et se faire confiance. En fait, j’ai découvert que si j’arrête pour prendre une pause et y revenir peut-être une semaine plus tard, il est possible qu’une partie de la magie soit disparue. Parfois, il faut juste persévérer. J’ai déjà eu certaines œuvres qui ont trainé en longueur et qui sont presque devenues une corvée. La flamme était disparue. Toutefois, il arrive parfois que si je lâche prise pendant un mois ou deux, la flamme se rallume! Je regarde certaines de ces toiles que j’ai ici : je ne les ai pas encore terminées, mais je ne suis pas prêt à les continuer. Il y a encore quelque chose à faire.

 

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BB : Aimez-vous travailler sur plusieurs œuvres en même temps?

 

KL : Oui! Voilà le plus grand avantage d’avoir son propre studio. C’est tout ce que j’ai toujours voulu. Avant, je travaillais dans ma chambre, sur une oeuvre à la fois, du début à la fin. Je trouve qu’il est difficile d’évoluer en ne réalisant qu’une seule chose à la fois. C’est tellement agréable d’avoir de l’espace pour tout étaler et tout voir en même temps. Je veux réaliser une série d’œuvres au lieu de créer sur commande et de façon ponctuelle. C’est tellement plus excitant et amusant de réaliser des œuvres sans connaître le résultat final et de travailler sur un tas de choses à la fois.

 

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BB : Est-il important pour vous d’exposer vos oeuvres dans les galeries? Est-ce que cela fait partie de votre stratégie?

 

KL : L’évènement à Kelowna (son exposition solo « L’homme et la nature » à la Galerie d’art de Kelowna en 2014, organisée par Jenny Western) était un bonne chose et certainement ultra important. Je n’ai jamais eu beaucoup d’occasions d’exposer mes oeuvres dans les galeries. Ce fut une grande opportunité. Chacune des autres galeries où j’ai déjà exposé n’était que l’entrepôt vacant d’un ami — seulement quelques murs. Et ce n’était que des amis qui venaient et pas vraiment de la clientèle. Mais, j’aimerais faire une autre exposition cet été et je pense que ça sera ici – je vais faire le ménage, vous comprenez? J’ai ma propre galerie ici! Il est néanmoins agréable de recevoir des honoraires d’une vraie galerie! J’ai ma rétrospective à la WAG, mais je continue à travailler les rues Selkirk et Main.

 

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The Bush, 2014, acrylique sur toile, 48 x 72 po (121,9 x 182,8 cm). Exposée par Lavallée à la Galerie d’Art de Kelowna en 2014.

 

BB : Vous avez fait des murales et des peintures sur des bâtiments. Y a-t-il une relation entre la peinture et l’architecture qui vous intéresse?

 

KL : Le centre-ville de Winnipeg est drôle, vous savez. N’a-t-il pas été comparé à une bouche avec un tas de dents manquantes? Toutes ces choses que nous avons démolies nous ont laissés avec ces magnifiques toiles vierges géantes qui ne demandent qu’à être revêtues! Qui veut regarder un mur géant composé que de sales briques? Elles sont si bien ensoleillées et nous pourrions tellement les améliorer! J’essaie tout simplement de travailler aux alentours de Winnipeg et de combler les manques. Il y a des jours où je peux marcher pendant trois heures et me dire : « Je veux ce mur, et puis ce mur, et ce mur aussi… ». J’ai des projets, c’est certain. Mais, je ne veux pas peindre sur les bâtiments du patrimoine historique. Tout a commencé par le restaurant Deer & Almond et un mur en bloc de béton effrité. Je disais : « Permettez-moi de jeter un peu de peinture là-haut! » Même que ce fut difficile de convaincre le propriétaire, car il croyait que le mur était parfait dans son état actuel.

 

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Système solaire, 2013, murale extérieure commandée par le restaurant deer + almond  pour la Nuit blanche 2013.

 

BB : Les gens sont réticents?

 

KL : Tellement réticents! Dans le district de la Bourse du moins. On veut le préserver pour l’industrie cinématographique. Mais, on ne peut pas vivre dans le passé — une centaine d’années dans le passé — pour toujours. Il arrive un moment où l’on doit avancer. La vie, c’est fait pour les vivants! Il y a cent ans, on peignait sur les murs et maintenant, nous les regardons s’effriter. Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement peindre sur les murs et continuer de le faire pendant les prochains cent ans?

 

BB : Les contours francs et la couleur semblent être votre signature, est-ce exact? Quels sont les autres éléments qui constituent vos œuvres?

 

KL : Les contours francs et la couleur, c’est pas mal précis. Je pense que dès que j’ai terminé l’école secondaire, mon objectif pour mes études postsecondaires était d’étudier le design graphique. J’ai toujours apprécié le bon design, le bon design épuré. Je pense que mon livre préféré est ce livre sur les marques de commerces américaines. Vous savez, on y retrouve un tas de logos ultras épurés qui sont si jolis en noir et blanc. Je me suis toujours vivement intéressé aux choses bien conçues. J’ai appris Photoshop à un jeune âge et je concevais mes propres sites Internet…

 

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BB : Donc, le plaisir de peindre pour vous est en grande partie la conception?

 

KL : Ah bien sûr, et de réaliser des murales puis concevoir un paysage urbain. J’ai été très critiqué à l’école des arts pour mes peintures. Soit qu’on ne disait pas grand-chose, soit qu’on me reprochait de ne réaliser que du graphisme. On considérait que mes œuvres n’étaient que des conceptions graphiques. Ils avaient peut-être raison, je ne sais pas.

 

BB : Quels sont les défis lorsqu’on travaille comme peintre à temps plein? C’est un travail assez romantique, mais quelle est la…

 

KL : La réalité? Euh, ne jamais avoir d’argent! Sacrifier toute forme de divertissement, sorties, repas à l’extérieur, même le paiement du loyer. Ce n’est pas tout le monde qui arriverait à le faire, je pense. Et je me demande ce que je fais là. On se doute beaucoup quand on ne sait pas d’où viendra notre prochain repas, mais quand on est à notre plus bas, soit qu’il arrive de bonnes choses, soit que l’on vend quelque chose. C’est donc un parcours houleux, mais je sais que je suis dans la bonne voie. Il faut se donner le temps. J’ai cette magnifique vue sur tous ces vieux bâtiments, ce joli toit où je peux esquisser au soleil ou encore, au pied de l’immeuble de la TD où tout le monde porte des habits et passe son temps en réunions. J’aime ça! C’est très romantique. Je suis un millionnaire si je calcule combien je suis heureux et satisfait de la façon dont je passe mes journées. Je suis maître de moi-même. Je me permets d’explorer mon cerveau et mon savoir-faire et les gens réagissent bien alors c’est agréable.

 

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BB : Est-ce que votre style évolue? Quel est le fil conducteur de votre nouvelle série d’œuvres?

 

KL : Je vois certainement le parcours. Depuis l’exposition à Kelowna, j’ai dû réfléchir aux raisons pour lesquelles je suis artiste, me demander quel est l’objet de mes œuvres et quelles œuvres je me dois de réaliser. Et je me suis rendu compte que cela a beaucoup à voir avec l’étape où je suis rendu, mon environnement. Je peins donc toujours des plantes dans ma chambre ou des fleurs chez Natalie et les choses que je visualise. Tout n’est encore qu’un journal de ma vie en ce moment, des images. C’est tout ce que j’en sais.

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