Entrevue : Sam Grawe d’Herman Miller

juin 23, 2014

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À plusieurs reprises sur notre blogue, nous avons fait référence à WHY, une série d’essais en ligne par Herman Miller. À travers une collection d’histoires, d’entrevues et de vidéos, la série d’essais invite les lecteurs à découvrir pourquoi la société Herman Miller fait ce qu’elle fait. Herman Miller a trouvé une façon de rendre « WHY » – une publication comprenant 4000 mots et une vidéo de 108 secondes couvrant 108 années de l’histoire du design — à la fois ludique et riche en contenu sans qu’elle soit déconcertante.

 

Curieux de connaître l’effort qu’on a dû mettre pour élaborer ces histoires, nous avons interviewé Sam Grawe, le directeur de la rédaction chez Herman Miller et l’homme responsable de la série « WHY ». Grawe s’intéresse au design depuis son jeune âge. Au collège, il a étudié les arts et l’histoire de l’architecture, à travers lesquels il a développé ses connaissances sur le design du 20e siècle. Grawe est devenu rédacteur en chef de la populaire publication d’architecture Dwell Magazine. Onze ans plus tard, Grawe a commencé à travailler pour Herman Miller — d’abord comme consultant, puis comme directeur de la rédaction à temps plein.

 

Il n’est pas étonnant qu’il privilégie le modernisme, considérant qu’Eames, Nelson et Girard font la une sur sa liste personnelle des héros du design.

 

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Pages couverture de la publication « WHY » d’Herman Miller (version imprimée)

 

EQ3  Qu’est-ce qui vous a incité à passer de consultant à un travail à temps plein avec Herman Miller?

 

SAM GRAWE  Il existe très peu de sociétés dans le monde qui sont vraiment orientées sur le design, même aux États-Unis, et l’histoire du design chez Herman Miller, y compris Nelson, Eames, et Girard, est l’une des plus racontées. Ils sont tous mes héros depuis longtemps, notamment Nelson et Girard, surtout que Nelson était rédacteur en chef pour un magazine avant de devenir designer de meubles et directeur artistique chez Herman Miller. Je crois que c’était la possibilité de travailler avec un tel héritage incroyable et de rechercher une façon de le transmettre aujourd’hui.

 

C’est aussi le simple fait de faire partie d’une organisation qui est vraiment dédiée à la résolution de problème à travers le design, et ce que cela signifie pour le 21e siècle et plus tard.

 

 

EQ3  Est-ce que le design vous a toujours intéressé? Avez-vous des antécédents ou est-ce quelque chose qui vous vient naturellement?

 

SG En fait, si je revois ma jeunesse, je pense que j’étais pas mal obsédé par Lego. Que ce soit mes parents qui me le disaient ou à cause de mon apprentissage, j’ai toujours cru que j’allais être un architecte. J’ai étudié l’architecture et histoire de l’architecture, et j’ai finalement étudié histoire de l’art. Mais, puisque j’étudiais l’histoire de l’art, j’ai aussi fait connaissance avec l’histoire du design du 20e siècle aussi.

 

Puis j’ai déménagé dans la région de la baie à la fin des années 90 et je suis devenu de plus en plus intéressé par le design industriel et de meubles. Je savais que je voulais travailler en quelque sorte dans le domaine du design. Je pensais à ce moment-là que j’allais retourner à l’école pour compléter un diplôme en design, mais j’ai fini par aller travailler pour un homme nommé Bruce Burdick, qui, en fait, a dessiné la table Burdick d’Herman Miller dans les années 80. J’ai travaillé pour Bruce pendant environ deux années à San Francisco, puis j’ai commencé à travailler pour Dwell (Magazine) en 2000, juste après la sortie du premier numéro.

 

Évidemment, j’ai reçu une superbe formation pendant mes onze années chez Dwell — et j’ai été grandement sensibilisé à l’architecture contemporaine et au design contemporain. J’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de gens et de voir énormément de choses. C’était l’un des plus grands plaisirs reliés à ce travail.

 

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C’est sur le concept « Living Office » que s’appuie Herman Miller pour comprendre l’avenir du design de bureau.

 

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EQ3  À quoi ressemble aujourd’hui une de vos journées typiques en tant que directeur de la rédaction chez Herman Miller?

 

SG  Je ne sais pas s’il existe une journée typique, mais je suis impliqué dans un grand nombre de projets divers. Je suis responsable de toute la rédaction, mais également de mes propres projets éditoriaux.

 

Aussi, je travaille très étroitement avec l’équipe de design de marque qui se compose de tous les designers en interne. C’est eux qui s’occupent de nos espaces, nos graphiques et notre travail numérique. « Par quels moyens transmettons-nous les messages qu’Herman Miller se doit de transmettre? Et, quels médias allons-nous utiliser pour mieux les transmettre? » Puis, « Comment allons-nous réaliser ceci? »

 

J’ai aussi collaboré très étroitement avec l’équipe principale qui a mis en place le concept Living Office, sur lequel repose l’interprétation d’Herman Miller sur l’avenir du travail et du design de bureau. Je pense que n’importe qui chez Herman Miller vous dira que nous sommes en quelque sorte une culture de réunion. Il y a beaucoup d’équipes interfonctionnelles et les choses se passent d’une manière plutôt organique entre ces équipes.

 

 

EQ3  Vous avez dit que vous travailliez avec différents médiums. Est-ce qu’il y en a un en particulier que vous trouvez le plus gratifiant?

 

SG  Je trouve qu’il y a ultimement toujours quelque chose de satisfaisant quant au média imprimé. C’est en quelque sorte une conclusion. On peut le tenir dans nos mains, car c’est un objet. Une fois que c’est fait, c’est fini.

 

D’autre part, j’ai présentement un énorme coup de cœur pour Instagram. Quant à moi, Instagram est probablement le plus satisfaisant des médias sociaux tant au niveau personnel qu’au niveau du compte Instagram d’Herman Miller avec lequel nous nous amusons beaucoup. Mais, ce n’est que parce que c’est un médium visuel, et que dans un sens, cela semble moins promotionnel que d’autres formats.

 

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L’exposition éphémère « Alexander Girard: An Uncommon Vision » célébrant la première réintroduction de meubles et de panneaux de tissus sérigraphiés archivés (la semaine New York Design, mai 2014)

 

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EQ3  Avez-vous alors des projets particuliers qui sont en tête de liste?

 

SG  Je dois dire que c’est le récent travail que nous avons fait pour la vitrine de l’exposition éphémère d’Alexander Girard à New York.

 

J’ai toujours eu une passion suprême pour Alexander Girard depuis que l’un de mes amis m’a fait prendre connaissance de ses oeuvres en 2001, je crois. Il était moins connu que Nelson et Eames, à ce moment-là. De plusieurs façons, ses œuvres étaient plutôt passagères. Il faisait des textiles, et il réalisait des décors intérieurs de restaurants et de bureaux. Ce sont les genres de choses qui se font modifier ou qui disparaissent. Je suis également d’avis qu’il a réalisé tellement d’œuvres qu’à moins de creuser, on ne réalise pas vraiment à quel point il était polyvalent et a réellement touché à tout. Mais quand on commence à découvrir son monde, ça nous étonne. C’est une inépuisable source de trésors.

 

À certains égards, il est injuste de le présenter que sur une simple table – surtout pour un monde qui ne le connaît pas aussi bien qu’Eames ou Nelson — sans donner plus de contexte sur ce qu’il a accompli dans sa vie.

 

 

EQ3  Nous avons beaucoup parlé de la série « WHY » sur notre blogue et nous l’aimons vraiment! Nous sommes curieux de savoir comment cette série d’essais particulière s’est développée, car c’est une variante qui diffère quelque peu d’un blogue.

 

SG  Mes collègues Steve Frykholmand et Clark Malcom ont réalisé une revue intitulée « See » au milieu des années 2000, qui était une magnifique publication haut de gamme, et je crois qu’ils ont publié 6 numéros dans le temps. Ils ont tout simplement lancé un nouveau magazine intitulé « WHY », qui fut l’un des premiers projets sur lequel j’ai travaillé. Nous avons imprimé 3 numéros de « WHY ».

 

Le concept est « Pourquoi la société Herman Miller fait ce qu’elle fait? » S’il n’y a pas une raison assez forte, il n’y a donc aucun intérêt à le faire. Et c’est, sans aucun doute, la philosophie que nous adoptons dans notre façon d’aborder les choses chez Herman Miller – nos produits, notre marketing et tout. Nous désirons vivement que toutes ces choses aient un but, et « WHY » est vraiment le mécanisme à travers lequel on anime cette conversation, que ce soit sous forme imprimée, sur les médias sociaux ou en format numérique. Nous avons démarré en ligne en juillet dernier et je pense que nous avons produit environ 35 histoires depuis la dernière année.

 

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EQ3  D’où viennent vos idées pour ces histoires? Où puisez-vous votre inspiration?

 

SG  Nous collaborons de façon un peu programmatique avec le service de marketing alors nous basons ce que nous faisons avec « WHY » sur ce que l’entreprise fait au niveau des affaires.

 

J’ai pu apporter certains grands personnages – mes collègues Amber Bravo et Everett Pelayo — qui ont un très bon sens de la rédaction et de la façon de donner vie à une histoire. Puis, nous prenons ce qui se passe dans le monde d’Herman Miller et nous tenons des réunions de rédaction. Il s’agit d’un processus presque comme n’importe quel magazine. Nous tenons des réunions de présentations et des réunions créatives, et nous nous asseyons ensemble et nous exprimons nos idées. Celle qui est droit au but ou qui s’y rapproche le plus est celle que nous poursuivons. Mais encore une fois, tout revient à « Quel est le meilleur moyen de donner vie à ce contenu ». Nous ne sommes pas mariés à une quelconque approche. Donc, parfois, il peut s’agir d’une vidéo ou d’un reportage photo, et parfois il peut s’agir d’une entrevue de 2000 mots.

 

Provenance des images : Toutes les photographies sont une gracieuseté d’Herman Miller

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